Invité par la Bibliothèque municipale de Champs-sur-Yonne, le conférencier Jean-Charles Guillaume, de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, a évoqué devant une soixantaine de personnes, la longue histoire d'une petite boutique du XVIIIème siècle du centre-ville d'Auxerre, devenue un grand magasin au cours du XXème siècle.
"Entreprise familiale, elle fut marquée par deux ruptures dynastiques, mais entre familles apparentées, et cinq grandes époques peuvent être distinguées :
1 - De la prestation de serment d'Henri Lesseré en 1759 pour ouvrir une boutique de draperie-mercerie au magasin décrit en 1794, avec 3 comptoirs tous garnis de rayons. Elle s'adressait à une clientèle aisée, dans une ville très ouverte aux échanges, proche de Paris, dans un territoire aux revenus provenant de la vigne et du bois. Il ne joue qu'un rôle d'intermédiaire dans la filature de coton et touche des subventions pour la favoriser et assumer la formation des ouvriers.
2 - Monsieur Laurent Lesseré, négociant troyen, qui a épousé la petite fille d'Henri Lesseré, lui succède vers 1831. Il dispose d'un réseau social très important et dirigea les 2 vastes établissements de Troyes et d'Auxerre. Il se fixe rue du Temple, dans une propriété disposant d'une grande cour privée avec écuries, citerne et pierre à eau. Il ne modifie pas l'extérieur des bâtiments, mais sans doute aménage l'intérieur. les en-têtes de facture dans les années 1870 témoignent d'une clientèle assez riche (soieries) mais aussi modestes (sarreaux, coutils),tant urbaine que rurale. Sa nièce épouse Louis James, une cousine un Moreau et une autre Louis Soisson.
3 - Louis James achète les bâtiments Laurent Lesseré en 1849, dont il se réserve l'usufruit, à des conditions très favorables. Il acquiert également une maison à 2 issues (sur la rue de Paris et la rue des Fournisseurs) avec glace de montre (vitrine) et éclairée par 9 becs à gaz. Mais il décède avant Laurent Lesseré, ayant fait un legs universel à Achille James (1850-1930), son neveu, en l'absence de descendance.
4 - L'ère Soisson va alors débuter vers 1885. Louis soisson épouse une cousine de Laurent Lesseré.Il vient travailler jeune à Auxerre comme commis puis employé-voyageur en 1861. Un codicille olographe de 1879 de Victor Laurent Lesseré fait une donation à ses petits cousins, dont Louis Soisson et ses fils, en demandant de conserver l'enseigne sur l'immeuble et les papiers de commerce " Laurent Lesseré ". Louis et ses 2 fils en feront une société à nom collectif. Après la récession des années 1866-1885 et une certaine rupture d'équilibre, Auxerre sort de la grande dépression dans les années 1900 avec une croissance soutenue et une élévation du niveau de vie. La mode évolue et se démocratise. louis Soisson et ses fils répondent à cette demande avec un catalogue avant 1905. La diffusion de machines permet le travail chez soi ou en atelier. Un catalogue de blanc en 1914 permet la vente par correspondance. La construction de la façade sur l'avenue de Paris unifie l'ensemble. De nouvelles pratiques apparaissent : marchandises plus variées, prix fixes et soldes, accent mis sur les collections, produits en vitrine et à l'extérieur, livraison à domicile jusque dans les campagnes avec service automobile.
5 - De 1920 à 1963, les 2 branches Soisson et James vont travailler ensemble en société à nom collectif avec des statuts pour 20 ans, malgré 2 personnalités très différentes. Monsieur Soisson respire la bonté et Monsieur James est très strict. Ils reprennent l'ensemble du magasin et vont le réaménager pour en faire un grand magasin élégant inauguré le 1er janvier 1924. Ce magasin fonctionne toujours avec vente aux comptoirs et caisses à la sortie. Le personnel compte près de 300 personnes, avec les usines de confection, dont 2/3 de femmes, essentiellement dans l'Yonne à Auxerre. Les hommes sillonnent la France. Une politique sociale est mise en place : prime de naissance, indemnités de maladie, encouragement à l'accession à la propriété (certains employés étant logés).
Après le grand incendie du 14 septembre 1940 détruisant le magasin de détail, la reconstruction est interdite pendant l'occupation et la société s'installe dans la Maison du Peuple - devenue théâtre - et dans des locaux de garage, sans réserves. La société devra être recréée en 1947, cela n'ayant pu se faire pendant la guerre, Jacques Soisson étant prisonnier de guerre et son père balloté de maisons en maisons. Mademoiselle James et Jacques Soisson succèdent à leurs pères. Le magasin de détail ne sera reconstruit qu'en 1952, mais tout avait été rapatrié impasse des Fournisseurs dès 1945 - 1946. Il faut alors améliorer la productivité de la manufacture et 30 à 40 personnes sont licenciées alors que la société adhère augroupement du Printemps en 1962. Mais les traditions sont maintenues et les mutations lentes dans les années 1950. lors du bicentenaire en 1959, tout commence à s'essouffler et il n'y a pas de relève du côté de la famille Soisson. Pour sa part, mademoiselle James voulant fonder une famille vend le fonds de commerce au Printemps. La vente au comptoir décline, mais la marchandise se diversifie encore avec les articles de cuisine, jardin, électroménager dans les années 1970. Il y a encore 127 personnes au magasin et 87 dans les ateliers en 1973 (dernière année de publication des patentes). La concurrence des centrales d'achat est alors rude.
En réalité, depuis 1963, le Printemps avait succédé à Soisson et James au niveau des publicités dans les journaux. "
(Résumé de Monique CARON du 06-2013)
Courtes bibliographie et webographie :
- Histoire des artisans et des commerçants d'Auxerre, 1791-1973 / J.-Ch. Guillaume. Auxerre, 2011. (Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne ; 147).
- Descriptif de la rue de la Draperie à Auxerre
Photos de la conférence :

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